Monnaie

Sur Dol, la plupart des échanges se font en pièces. À l’époque actuelle, chaque pays bat la sienne. Presque tous frappent les mêmes métaux, dans le même ordre : or, puis argent, puis cupronickel (alliage de cuivre et de nickel). L’aloi, lui, change d’un atelier à l’autre : la quantité de métal fin n’est pas la même.

Les comptoirs appellent cela le trimétallisme. Dans le pays qui l’a frappée, la pièce suit le même rapport :

1 pièce d’or (PO) vaut 10 pièces d’argent (PA). 1 pièce d’argent vaut 10 pièces de cupronickel (PC). 1 pièce de cupronickel vaut 4 nicks (nk).

L’or et l’argent valent par leur aloi. Le cupronickel a cours pour sa face : c’est la petite monnaie, frappée à dix pour une pièce d’argent.

Le nick est un quart de pièce de cupronickel. On le reconnaît comme tel, et sa valeur est fixe : quatre nicks font une pièce. On le voit chez les pauvres, et sur la place du marché pour quelques articles : une poignée de légumes, de quoi finir la soupe. Ailleurs, on préfère la pièce entière. L’auberge, l’armurier et le comptoir comptent en pièces.

Un coût marqué + est un plancher. Le prix part de là et monte avec le vendeur, la qualité, la saison ou la longueur du trajet. L’année de Dol compte 382 jours (Dol) : les salaires sont à l’année, le gîte à la nuit.

Deux pièces qui voyagent

Ombria, sur Ionis, bat le florin impérial. De bon aloi, difficile à contrefaire, il a cours dans le grand commerce. Une fausse pièce d’or est souvent un rond de nickel doré : elle se trahit à la pesée. Le marché noir en propose (Maroufleur).

Barkhi, sur Ionos, bat sa propre monnaie. Le nom de la pièce n’est pas fixé. Chacune des deux puissances est le grand comptoir de son continent, et chacune a son aloi, comme les autres pays. Le florin et la pièce d’or de Barkhi sont les deux références : on les accepte presque partout où passe le grand commerce. Pour une dépense courante, elles passent l’une pour l’autre. Au comptoir, le change de l’une contre l’autre ne retient qu’une petite part, du même ordre que l’écart des prix d’un pays à l’autre.

À Barkhi, toute monnaie a cours. Une pièce locale, rognée ou d’un aloi trop faible va au changeur : il pèse, annonce la décote, et retient sa part. Le pain quotidien se paie de la main à la main.

Ailleurs, à défaut du florin ou de la pièce de Barkhi, on paie dans la monnaie du pays. Comme l’aloi diffère, elle ne compte pas d’office pour une pièce ombrienne du même métal.

Les banques échangent le métal contre des billets au porteur. Ils servent pour les grosses sommes : une arme sur mesure, un cheval, une part de navire. Beaucoup de marchands s’en méfient. Les faux papiers circulent, et un billet inconnu se refuse plus vite qu’un florin. Un papier d’une grande maison de Barkhi ou d’une banque ombrienne passe mieux.

Un barème ombrien

Les prix et les salaires ci-dessous sont la référence du côté d’Ombria, comptés en florins de bon aloi. Ailleurs, les mêmes choses coûtent un peu plus ou un peu moins, selon le lieu, la saison et la route. L’écart reste léger, et l’ordre des prix ne bouge pas : le cheval de bonne race reste une fortune à côté du train, la bête de bât reste un outil de ferme, le navire reste une affaire. Prix et salaires bougent ensemble. Une journée de paysan nourrit encore les siens, même quand la pièce du cru n’est pas un florin.

Barème ombrien

Service et fournituresCoût
Chambre pour la nuit1 PA
Écuelle2 PC
Repas simple5 PC
Miche de pain1–2 PC
Poignée de légumes simples1–3 nk
Chope de bière1–4 PC
Dîner luxueux1–3 PO
Barbier-coiffeur+8 PC
Fiacre (transport couvert)+1 PA
Arme à feu (poudre)3 PO
Arme sur mesure30–60 PO
Épée (bonne facture)5 PO
Couteau2–3 PA
Vêtements rêche1–2 PA
Bottes+1 PA
Vêtement de qualité10–20 PO
Vêtement de luxe+20 PO
Cheval de bât, race commune+7 PO
Cheval de bonne race+30 PO
Ticket de train1–10 PA
Navire (deux mâts)+4 000 PO
1 an de salaire (pauvre)40 PO
1 an de salaire (garde)80 PO
1 an de salaire (bon artisan)150 PO
1 an de salaire (bon marchand)+300 PO

Le salaire pauvre est celui d’un paysan qui nourrit les siens : 1 PA par jour. Sur 382 jours, cela fait 38 PO et 2 PA. Arrondi à 40 PO, il reste 1 PO et 8 PA pour l’année, une fois ce budget posé. À la maison, la famille s’en sort en général pour moins que si elle mangeait à l’auberge. Deux repas simples à 5 PC prendraient la pièce d’argent. Le pain et une poignée de légumes, payés en nicks sur la place, laissent le pot en dessous.

La solde du garde, 80 PO, s’ajoute au repas. Le contrat nourrit en général l’homme : mess, ration, ordinaire de la garnison. La solde paie le reste. Elle nourrit sa famille seulement si les siens ne mangent pas au contrat. Un paysan ou un artisan, eux, sortent leur pain de leur gain.

L’arme à feu à 3 PO est le fusil de manufacture (Fusil à poudre). Un revolver, une arme récente ou une pièce d’armurier partent de là et montent. L’épée coûte davantage : l’acier de bonne facture reste plus cher que le fusil sorti d’usine.

Les vêtements rêche à 1–2 PA sont le drap : chemise, culotte, veste. Les bottes partent de 1 PA. L’ensemble portable, drap et semelles, tombe autour de 2–4 PA.

Le barbier du barème est un coiffeur-barbier. La plupart des gens, et les soldats, se rasent seuls, avec leur propre matériel. On pousse sa porte pour une occasion, ou quand on a les moyens d’un marchand à l’aise. La visite part de 8 PC, et monte avec la coupe, le parfum et le jour. Huit pièces de cupronickel, c’est presque une journée de paysan, et à peine un dixième de journée pour un marchand à 300 PO l’an.

Repères

Ordres de grandeur pour ce que le barème ne liste pas. Même convention : + est un plancher. À valider en jeu.

Service et fournituresCoût
Dortoir, la nuit2–4 PC
Chambre meublée, trente nuits1 PO
Logement correct, trente nuits+3 PO
Maison de marchand, trente nuits+5 PO
Douzaine de coups de poudre1 PA
Nécessaire d’entretien (arme à feu)1 PA
Armurier (réparation)+5 PA
Cartouche de Pils+1 PO
Fusil à Pils+60 PO
Fourrage, le jour (campagne)+3 PC
Stalle de ville, le jour+5 PC
Écurie soignée, le jour (avoine et pansage)+1 PA
Passage en mer, pont, une étape+5 PA
Traversée au long cours, entrepont+5 PO
Deux-mâts armé, trente jours (équipage, pain, port)+50 PO
Regard ailleurs (garde)1–5 PA
Commis, douane, registre+1 PO
Officier ou magistrat+10 PO

Le fusil à Pils ne se trouve pas chez l’armurier du coin. La cartouche non plus : à +1 PO, chaque coup coûte le plancher d’un dîner luxueux. L’armée ne paie pas ce prix de comptoir ; le civil, si on lui en vend, le paie.

En pratique

Ces scènes se passent du côté ombrien, dans le barème ci-dessus. Ailleurs, on décale un peu chaque prix, sans changer l’histoire qu’ils racontent.

Manger et dormir. Le paysan à 1 PA la journée dort chez lui. Son pot, pain et légumes en nicks, lui coûte moins qu’une écuelle d’auberge par personne. Une chambre à 1 PA lui coûte sa journée. Un dortoir à 2–4 PC n’en prend qu’une fraction. Le garde touche 80 PO l’an, un peu plus de 6 PO sur trente jours, et son contrat le nourrit déjà. Cette somme est de l’argent libre : une chambre meublée à 1 PO, du linge, une chope, un train. L’auberge à 5 PC est un extra, pas sa pitance. S’il a une famille hors du mess, le pot du foyer reste sous les 3 PO sur ces trente jours. Il lui en reste davantage que 3.

S’armer. Deux semaines de solde de garde paient le fusil de manufacture (3 PO). L’épée de bonne facture en prend un peu plus de trois semaines (5 PO). Une douzaine de coups de poudre coûte 1 PA, le prix d’une chambre. Ce qui arrête le tireur, c’est la corne vide. Six cartouches de Pils font 6 PO, le prix de deux fusils. Le fusil à Pils lui-même part de 60 PO, autour d’une arme sur mesure et des trois quarts d’une année de garde.

Partir. Un ticket de train court (1 PA) est une journée de paysan. Un long trajet (10 PA) est une pièce d’or, cinq jours de garde. Le fiacre part de 1 PA et suit la course. Le cheval de bât part de 7 PO, environ soixante-dix jours de paysan, ou une trentaine de jours de solde de garde. Le cheval de bonne race part de 30 PO, plus du tiers d’une année de garde. Nourri au foin de la ferme, il ne coûte que l’achat. Le fourrage acheté part de 3 PC par jour, environ 11 PO l’an. Une stalle de ville part de 5 PC, environ 19 PO l’an. L’écurie qui donne l’avoine et le pansage part de 1 PA par jour : près de 38 PO l’an, davantage que le prix d’une bonne race. Une étape en mer, sur le pont, part de 5 PA. L’entrepont d’une traversée au long cours part de 5 PO, le prix d’une épée. La cabine monte à partir de là.

Payer gros. L’arme sur mesure (30–60 PO) prend entre un cinquième et deux cinquièmes de l’année d’un bon artisan (150 PO). Trois ans de ce salaire font 450 PO : le prix d’une échoppe, de quinze chevaux de bonne race, ou d’une soixantaine de bêtes de bât, et un peu plus du dixième d’un deux-mâts. Le navire part de 4 000 PO, treize années d’un marchand à 300 PO. L’armer — une poignée d’hommes entre le salaire pauvre et celui du garde, leur pain, le port et la toile — part de 50 PO les trente jours. Le pain est au contrat, comme le mess du garde : c’est le bord qui le paie. En un peu plus de six ans à quai, l’entretien a coûté le prix de la coque. Le vêtement de luxe part de 20 PO, environ vingt-cinq jours du revenu de ce marchand. Un garde regarde ailleurs pour 1 à 5 PA. Dix pièces d’or, plancher d’un officier ou d’un magistrat, valent une cinquantaine de jours de solde de garde, et moins de deux semaines du revenu d’un bon marchand.

Voir aussi